vendredi 9 mai 2008

Au commencement

La fin d’après-midi étais froide et venteuse. Peu à peu le temps d’automne se détériorait, et une pluie fine accompagnée d’un vent mordant tombait sur la montagne. D’une démarche lente avançait sur un des versants un jeune samouraï. L’eau avait depuis longtemps pénétré le coton épais de son Kimono bleu. Ses sandales de pailles, à l’image du bas de son Hakama gris étaient tachées de boue. Ses yeux d’un bleu clair scrutait le sol devant lui. Il avait parcouru plusieurs kilomètres ainsi, le regard vide, suivant la hauteur des montagnes sans s’arrêter.

Quelques semaines étaient passés depuis qu’elle l’avait trahis. Ses actes le dégoûtait au plus haut point. Il n’avait de cesse de se demander si sa propre survie était si importante, importante au point de semer la mort sur son passage.

La mort tranchante et précise, de sa propre main, avec sa propre lame.

Combien de fois avait-t ‘il eu a se battre pour survivre? Il avait depuis longtemps cessé le compte des innombrables combats. Il avait pris la vie de tant d’hommes et de femmes... Des brigands. Des tueurs. Lui-même avait failli perdre la vie plus d’une fois. Mais sa lame l’avait toujours soutenu. Ensemble, ils avaient toujours survécu.

Si les prétresses ne l ’avaient pas retrouvé, Lydia lui aurait définitivement pris la vie. Il aurait définitivement perdu. Pourquoi ces hommes tentaient toujours de le tuer, ou de le capturer? À chaque fois que des assassins croisaient son chemin, le jeune homme pouvait sentir leur désir profond de le voir mort…Sans savoir pourquoi.

Il avait toujours bien géré la situation. Survivre, devenir meilleur encore. Celui qui ne fait que se raccrocher à la vie, meurt. Celui qui défie la mort, vit. Telle était la première phrase sur le parchemin de son père et il s’était toujours raccroché à cela pour continuer. La mort faisait toujours partie de la vie d’un samouraï.

Mais depuis ce qui s’étais passé avec Lydia…

Il se demandait vraiment pourquoi on éprouvait tant de haine envers lui. Pourquoi on voulait tant le blesser, le tuer. Ne trouverait t’il jamais une place ou il pourrais vivre en paix? Chaque ami, chaque personne qui ferait partie de sa vie ne serait qu’éphémère, que façade cachant un plus sombre dessein? Il savait que, dans sa situation, il ne devait s’attacher à rien ni personne. Ne vivre qu’au présent, en attendant une autre opportunité de prouver qu’il était digne de survivre, qu’il ne partirait pas facilement.

Mais ça avait été si simple…Et si difficile à finir.

D’un simple coup de sabre…d’un terrible coup de sabre.

Il fut vite sorti de sa torpeur par un silence inhabituel dans ces montagnes. Il releva la tête, pour tenter d’évaluer la situation. Entre ses cheveux trempés, il les vit…Et poussa un profond soupir…Ça recommencerait.Toujours. Que ce soit dans le calme des montagnes, dans l’ambiance d’une auberge, au travers de la vie d’une grande ville…
La pensée de se laisser prendre lui vint alors. Les laisser faire ce qu’eux et leurs semblables étaient destinés à faire.

Cette pensée le frappa comme si il s’était lui-même envoyé un marteau de forge en plein visage. Pour la première fois depuis des semaines, il se rendit compte de sa stupidité. La simple idée d’abandonner, après tant d’effort, après tant de mort, le dégoûta tellement, qu’il reprit contrôle sur lui.

Tout ce qui s’était passé avait un but. Il devait arrêter de fuir. Se retourner, faire face. Marcher dans la direction de ceux qui lui en veulent. Et les éliminer.

La pluie tombait encore sur lui, et il sentait que ces péchés étaient lavés par elle. Il regarda le ciel, et compris qu’un second souffle venait d’entrer en lui.

Fini la lâcheté, fini la déception. Aujourd’hui, il se pardonnait ce qu’il avait fait.

Pendant ce temps, quatre ninja venait de se positionner autour de lui. Après une pause, le plus grand des quatre s’avança et dit « Tu as deux choix. Soit tu meurs, soit tu viens avec nous. Choisi. »

Le samouraï, qui regardait le ciel, laissant les gouttes d’eau tomber sur son visage, observa du regard le chef de ces assassins. Il souffla « Tu n’as aucune chance ».

Le ninja cligna des yeux, et s’avança pour relever le défi. Mais avant qu’il puisse dégainer le sabre qu’il tenait au dos, le samouraï s’écria : « Je suis Fujiwara Takeo! Et je vais te voir mourir ici, aujourd’hui. » Le ninja figa, et eut un rictus de plaisir, et répondit « essaie juste pour voir. ».

« Mais pas juste toi. » Takeo se retourna, et observa un deuxième ninja dans les yeux. « Et toi. » Puis un troisième : « Toi aussi ».

Au dernier, le plus jeune, il dit ceci : « Toi tu vivra. Et tu raconteras à tes supérieurs ce que tu as vu aujourd’hui. »

Puis, lentement, son bras droit fit un cercle devant lui, pour que sa main vienne effleurer la corde tressée de la poignée de son katana. Son pied droit avança de quelques centimètres et son centre de gravité s’abaissa. Il regardait droit devant lui, son esprit était clair comme la lame encore sagement enfermée dans le fourreau, attendant son heure.

Les ninja chargèrent en même temps.

Takeo était prêt.




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